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mardi, 24 juillet 2012 15:04

L'embargo européen contre l'Iran, un choix, stratégiquement, fondé?, par Milad Jokar

IRIB- Le 1er juillet, l'Union Européenne a mis en place un embargo total sur le pétrole iranien.

En imposant cet embargo, l'Union Européenne et les États-Unis - qui ont mis en place leur propre embargo unilatéral - se dirigent vers une pente glissante qui n'est malheureusement pas inconnue. Il y a 60 ans, le Premier ministre britannique, Winston Churchill, imposait, déjà, un embargo pétrolier, qui ravagea l'économie iranienne, pour faire en sorte que le gouvernement capitule, ou pour faciliter un changement de régime. Les décideurs politiques à Washington et à Bruxelles devraient tirer les enseignements de l'histoire, afin de régler la crise du nucléaire iranien. En 1951, le Premier ministre iranien nouvellement élu, Mohammad Mossadegh, ainsi que le Majles (parlement iranien), votaient la nationalisation de l'anglo-iranian Oil Compagnie (l'AIOC, qui deviendra plus tard British Petroleum ou BP). Situé à Abadan, l'AIOC était la plus importante raffinerie au monde, et Londres détenait 85% de ses revenus.

Face au mécontentement grandissant concernant la gestion britannique de la compagnie, et suite à la montée du rejet de l'influence étrangère, en Iran, Mossadegh répondit en signant la première nationalisation dans le Tiers-monde. En retour, l'empire britannique répondit avec sa propre escalade des tensions, en coupant le pétrole iranien du marché mondial.

L'approche diplomatique de Truman

Entré en vigueur au début de la Guerre froide, l'embargo britannique fut présenté au public à travers la façade de la menace communiste et du risque d'une influence soviétique grandissante en Iran - par le parti communiste iranien, le parti Toudeh. Toutefois, l'administration démocrate du président Harry Truman décida de continuer son programme d'assistance à l'Iran - sous le Programme Point IV et le Mutual defense Assistance Act signé en 1949 - et de soutenir une résolution diplomatique de la crise anglo-iranienne.

Cette stratégie sur le long-terme ne changea pas, puisque le 24 mai 1951, soit un mois après la nationalisation, le président démocrate exposait cette même vision politique lors de son message spécial au Congrès américain sur le Programme Mutuel de Sécurité. En retour, cette stratégie servait les intérêts géostratégiques et économiques des États-Unis puisque ce programme devait aider à stabiliser la région, accroître la coopération économique, et contrer l'influence soviétique.....

L'administration Eisenhower a totalement changé de stratégie. La politique d'aide américaine à l'Iran de Truman se transforma en un refus "d'acheter le pétrole iranien en l'absence d'un accord pétrolier". Dans une lettre envoyée à Mossadegh, le 29 juin 1953, soit quelques semaines avant qu'il ne soit renversé, Eisenhower écrivait "l'échec de l'Iran et de la Grande Bretagne à trouver un accord concernant l'indemnisation a handicapé le gouvernement des États-Unis dans ses efforts d'aide à l'Iran".

Deux jours après cette lettre, Eisenhower signa l'autorisation d'accomplir le premier coup d'État de la CIA qui se déroula du 15 au 19 août (autorisation que Churchill avait signé dix jours avant Eisenhower). C'est seulement un an plus tard, le 11 août 1954, que le président américain mentionna la situation en Iran. Lors de cette conférence de presse, Eisenhower n'évoqua à aucun instant la crise anglo-iranienne sur le pétrole, ni le changement de pouvoir, en Iran. Au lieu de cela, la stratégie discursive de la Maison Blanche présentait la situation uniquement en termes de Guerre froide et décrivait Mossadegh comme étant une menace communiste "qui se servait de son pouvoir [...] et du Parti Communiste [iranien, Toudeh] - ce parti qui se servait de son pouvoir pour éloigner l'Iran de plus en plus du Monde Occidental".

Nous avons depuis appris que cet embargo pétrolier n'avait pas pour objectif d'être utilisé comme un levier diplomatique pour résoudre le différend pétrolier à travers des négociations. C'était en réalité un prélude calculé pour renverser la structure démocratique d'un pouvoir iranien qui ne répondait pas aux intérêts de l'Empire Britannique. La décision de renverser le gouvernement démocratiquement élu de Mossadegh avait déjà été prise par Londres en 1952. Par conséquent, imposer un embargo pétrolier était un pas en avant, non pas pour un changement de comportement de la part de l'Iran, mais pour un changement de régime.

D'une certaine manière, ce fut un succès pour les britanniques. Mossadegh avait été remplacé par une monarchie plus malléable qui accepta un consortium sur l'AIOC. Cependant, ce fut un succès non viable qui manquait de vision sur le long-terme.Quelques années plus tard en 1979 la révolution islamique venait d'avoir lieu, balayant dans sa foulée et la monarchie et les intérêts des grandes puissances.

L'histoire se répète-t-elle?

Avec le nouvel embargo sur le pétrole iranien entré en vigueur, le 1er juillet dernier, l'Union Européenne et les États-Unis semblent se diriger vers le même chemin désastreux pour leurs intérêts , chemin qui ne peut qu'aboutir qu'à une aggravation des tensions et de l'instabilité. L'histoire nous a démontré qu'imposer un embargo pétrolier est une tactique incertaine qui peut faire déraper l'escalade des tensions. Par ailleurs, plus l'Occident escalade, plus Téhéran rendra la pareille, et vice versa - comme les trois dernières décennies ont pu le démontrer.

Cette situation risque d'inciter un nombre de membre du Congrès américain et autres décideurs européens à orienter la crise - volontairement ou involontairement - vers un processus similaire à celui de 1952-53. et dans un contexte de crise économique généralisé rien ne s'avère plus grave que destabiliser une région aussi économiquement vitale que le Moyen-Orient. surtout si elle devient le théâtre d'une confrontation armée entre les Etats Unis et l'Iran.

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