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vendredi, 25 mai 2012 10:27

La stratégie afghane du Hollandais!!, par Léon Camus*

IRIB-En visite surprise en Afghanistan, le président français François Hollande a souhaité vendredi  que la France reste présente en Afghanistan..

... après le retrait de ses troupes du pays, mais "différemment", dans une dimension plus "civile" ou "économique".Le chef de l'Etat, grâce aux investissements français à venir, souhaite permettre "aux Afghans d'être auto-suffisants". soit mais cette annonce est-elle  réalisable aussi facilement que le Président a l'air de croire? Léon Camus en doute fort :

".....On mesurera cependant la pusillanimité du « premier magistrat » hexagonal à l'aune du ridicule de celui qui n'a pas cru bon, avant d'annoncer un retrait unilatéral, de commander une sérieuse étude d'opportunité, de faisabilité et de coût. Heureusement la presse serve est là pour arrondir les angles et alléger les balourdises d'un personnages qui n'est visiblement pas à sa place, non préparé qu'il est à l'exercice d'une fonction présidentielle où il s'est trouvé propulsé par la grâce délétère de la dynamique partisane. Combien de temps fera illusion cette politique tape-à-l'œil faisant l'impasse d'un chiffrage précis des mesures envisagées ? Longtemps, parce que personne – l'opposition ayant d'autres chats à fouetter, entre autres conserver ses prébendes et ses avantages en nature - ne viendra finalement lui demander de rendre compte des deniers publics gaspillés notamment dans un départ précipité et à contretemps... Ou il ne fallait pas y aller, ou alors il fallait savoir jouer le jeu jusqu'au bout !

Parce que l'évacuation de 3400 hommes avec armes et bagages, 900 véhicules – chars d'assaut, véhicules de l'avant blindés, artillerie, 1400 conteneurs d'impedimenta, 3 aéronefs Mirage 2000, 14 hélicoptères, si elle n'est pas accomplie dans le bon ordre, n'a qu'une seule alternative : l'abandon des matériels en tout ou en partie. Évacuation rendue d'autant difficile à l'Est, la voie terrestre étant fermée depuis décembre 2011 après qu'une bavure américaine eut envoyé au tapis deux douzaines de militaires pakistanais. Décidé à mettre fin au blocus, l'Otan négocie son retour dans les bonnes grâce d'Islamabad en offrant de payer un droit de péage d'un million d'€uros/jour pour le seul transit de ses convois vers les ports de l'Océan Indien. L'armée française joue de son côté au marchand de tapis en négociant le passage de ses conteneurs à 5000 $ l'unité. Une paille !

Mais l'argent n'est pas tout, et l'exécution extrajudiciaire du pseudo Ben Laden en totale violation de la souveraineté pakistanaise, reste sur l'estomac de leurs Services spéciaux et de la nomenklatura militaire locale. D'ailleurs les alliés chinois seraient bien sots de ne pas en faire baver un peu à l'Otan, notamment en manière de réponse aux harcèlements droidelhommistes des Occidentaux  5. Quant à la route du Nord par le rail, via le Tadjikistan et la Russie, elle serait deux fois plus onéreuse, dit-on, que la première (reste que les chiffrages sont introuvables) et trois fois plus si s'agit d'un pont aérien établi entre Kaboul et le Kazakhstan par exemple (ne parlons pas de transport direct vers la Métropole) grâce à des gros porteurs Antonov russes ou ukrainiens loués au modeste prix de 35 000 € l'heure.

Après le départ de ses « forces combattantes », la France continuera à payer son écot

...Comme si toutes les forces présentes sur le terrain n'étaient pas « combattantes » !? Se retirant les occidentaux ont contracté l'engagement de financer l'armée afghane plusieurs années après leur départ définitif fin 2014... une facture d'environ 4 mds/$ l'an dont un tiers à la charge des Européens (initiateurs de la guerre comme chacun sait), soit une charge de 200 millions pour les seuls Français que M. Hollande semble mesquinement rechigner à honorer. Peu de chose cependant au regard de onze années d'exactions en tous genres. Une charge viendra s'ajouter à l'entretien de nos forces résiduelles « non combattantes » - en vertu de l'élégant euphémisme présidentiel - vraisemblablement 1400 hommes... sachant que les économies réalisées par notre départ se feront sur la base d'un coût annuel global du front afghan estimé en 2010 à quelque 470 millions d'€uros 6... Soit une dépense d'environ 1,3 million d'euros par jour, à l'exclusion d'une foule de dépenses annexes telles la revalorisation des soldes, les transports, équipements, munitions et cætera, on voit que ni le gain politique, ni les économies budgétaires ne sont pas a priori au rendez-vous.

Partir, que cela plaise ou nom, c'est dénoncer nos engagements sans raison très valable autre qu'idéologique et démagogique... Parce qu'en définitive, il est bien certain qu'il n'eut jamais fallu y aller. Ce pourquoi maintenant il ne devrait pas être question d'en partir comme des malpropres, « bannière au vent » 7 ! Or, plutôt que de jouer les Tartuffe - « cachez ce sein que je ne saurais voir » - en retirant précipitamment et on ne sait comment le contingent français de la vallée de la Kapisa, l'on eût plutôt attendu de M. Babar, cet exemplaire démocrate de progrès, une ferme condamnation des guerres cruelles et inutiles, passées et à venir, au lieu de quoi nous savons avec certitude que Lou Berdin 8 se déclare prêt à participer à une intervention en Syrie pour peu que « l'Onu donne son feu vert ».

La France vient apparemment de troquer un chef d'État fauteur de guerre contre un autre bien décidé à la faire. Qui pourtant peut encore ignorer qu'il s'agit de « guerre scélérates » se couvrant des valeurs irréfragables de la Démocratie universelle comme celle de « Justice » avec un J très majuscule ! On a en effet oublié depuis longtemps que l'Opération Liberté immuable, « Endurig Freedom » – celle que l'Amérique conduit toujours en Afghanistan et pour son propre compte, conjointement avec celle de l'Otan - avait commencé par s'appeler, tout juste deux semaines après le 11 Septembre, « Justice sans limites », Infinite Justice...

Doux nom pour une croisade pétrogazière sur le Toit du Monde, sous couvert de lutte anti-terroriste ! Mais en décembre 2001 M Hollande n'a non seulement pas condamné la décision du gouvernement Jospin d'intervenir en Afghanistan, mais il voté l'envoi de troupes françaises comme la majorité de Gauche à l'Assemblée Nationale. M. Hollande, digne représentant de la sociale-ultralibérale-démocratie n'est, on le voit bien, en rien opposé à la guerre ! Un peu coincé aujourd'hui par ses annonces intempestives, il continuera malgré cela de participer aux conflits voulus et conduits par la Maison-Blanche et le Pentagone, avec la bénédiction et la complicité de la classe politique quasi unanime – opposition comprise évidemment - et bien sûr, celle des grands médias dont l'intime raison d'exister est de maquiller et de maquignonner !..."

 

*Titre original .La diplomatie française à l’heure des défis mondiaux

Source: Géopolintel

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