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dimanche, 20 mai 2012 00:54

Attentats en Italie : le retour aux années de plomb ?

IRIB- Depuis quelques jours, une vague d'attentats a commencé à frapper l'Italie.

Comment peut t-on expliquer cette violence qui touche l'ensemble du pays ?

Marco Da Rin Zinco : L'Italie est depuis quelque temps au centre d'un débat international à cause de son instabilité. Depuis 20 ans, les disputes politiques empêchent les grandes reformes, notamment celles qui concernent la politique économique et la dette publique. Malgré le début de la crise et les spéculations, le gouvernement précédent a continué à nier la nécessité de ces réformes et de politiques austères. Suite à la démission de Silvio Berlusconi, le gouvernement de Mario Monti a du gérer une situation déjà très précaire.

Malheureusement et malgré la volonté initiale de conjuguer rigueur et équité, les coûts de la crise pèsent aujourd'hui sur les plus démunis. L'augmentation des impôts directs, de la TVA, du prix des carburants et la réforme des retraites en sont les parfaits exemples. Dans cette situation de malaise social où toujours plus de foyers sont au seuil de la pauvreté et ont peu de perspectives, il est facile de comprendre les raisons des attentats.

Est-ce une réponse directe à la politique menée par Mario Monti ou à la politique d'austérité qui règne?

Mario Monti n'est pas la cause de la crise, au contraire, on peut même dire qu'il serait la solution si le Parlement arrivait à approuver rapidement les lois qu'il a présentées. Mais il est naturel que celui qui assume la responsabilité de prendre des décisions impopulaires devienne la cible des protestations.

Peut-on parler d'un retour aux années de plomb, cette vague d'attentats au cours de laquelle des groupuscules comme les Brigades rouges avaient déjà ravagé le pays au cours des années 1970 à 1980 ?

Dans les années de plomb, le terrorisme était structuré et avait de fortes racines culturelles. Les terroristes voulaient déstabiliser le pouvoir politique afin de rapprocher l'Italie à l'est européen. Personnellement, je vois très peu de références idéologiques et culturelles dans les derniers attentats. Certes, tout le monde veut une société plus juste avec moins de pouvoir aux banques, aux spéculateurs et à la finance, mais les attentats d'aujourd'hui me semblent surtout la réponse à la récente montée des suicides d'entrepreneurs étranglés par les dettes. Ce n'est pas un hasard si c'est Equitalia, la société qui s'occupe de récupérer les crédits de l'Etat, qui reçoit le plus de menaces et attentats.

Qu'attend-on en Italie ? Ce climat ne risque t'il pas de rendre plus instable la politique du pays ?

La force et en même temps la faiblesse de la politique est la recherche du consensus : les hommes politiques ont comme objectif principal d'exaucer les désirs du peuple. Pour que la démocratie marche bien, la culture est fondamentale car c'est ainsi que la population peut comprendre et accepter les décisions les plus difficiles. Aujourd'hui, en Italie tout comme en Grèce, je ressens beaucoup d'ignorance face aux causes de la crise, aux réformes nécessaires pour contrôler la spéculation internationale et à l'importance de l'euro. Je n'exclus pas des conséquences politiques comme l'affirmation de forces anti-européennes aux élections de 2013, comme on voit aujourd'hui en Grèce.

Comment les jeunes voit-il le spectre de ces attentats, de cette crise ? La peur a-t-elle gagné les villes ?

Les attentats sont pour l'instant limités aux bureaux publics et ne visent pas la sécurité de la population. C'est la raison pour laquelle je pense que la tension n'est pas encore tout à fait palpable. La vraie peur concerne l'avenir, vue la montée du chômage et la fermeture des entreprises. Les jeunes sont finalement obligés de partir ailleurs pour trouver du travail.

Propos recueillis par  Atlanticoinfo

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