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jeudi, 19 février 2009 13:24

La structure du pouvoir en Arabie Saoudite

FarsNews- La dynastie des Saouds règne depuis 77 ans en Arabie Saoudite, mais compte tenu de la vieillesse du Roi d'Arabie Saoudite et l'aggravation de la maladie du prince héritier saoudien, on serait témoin bientôt le querelle entre les membres de la famille royale saoudienne sur l'arrivée au pouvoir dans ce pays.
Après avoir réprimé d'autres ethnies saoudiennes, Abdel Aziz Ibn Saoud a pris en 1932 la tête du pouvoir et fondé le royaume d'al-Saoud. Sa vie durant, Abdel-Aziz a créé des liens familiaux avec diverses ethnies afin de consolider sa puissance. On a dit qu'il s'est marié avec 235 femmes dont il a au moins 43 fils et plus de 50 filles.
Le nombre exact des membres de la famille Al Saoud n'est pas connu. Evaluée à environ sept mille, dont quatre mille mâles, la famille royale est très prolifique et revêt maintenant la forme d'une véritable classe sociale. Classe de privilégiés, bien sûr, dont la puissance financière est considérable et le train de vie en général ostentatoire. Les princes se sont imposés dans tous les secteurs de la vie du pays, ils sont partout.
Les membres de 20 mille de personnes des Saouds constituent 4 familles principales, connues en Arabie Saoudite. Certes, les membres de ces familles ne croient guère à une coexistence pacifique les uns avec les autres. Malgré les efforts du Roi Fahad pour réunifier ces dernières, leurs divergences aboutissent parfois aux conflits politiques.
Les membres de la famille royale saoudienne émargent tous à une liste civile dont le montant est soigneusement gardé secret. On peut tenir pour acquis qu'un jeune prince de rang moyen perçoit une indemnité mensuelle de base de 100 000 francs. Celle-ci sera augmentée avec l'âge et les charges de famille. Le roi Abd el Aziz avait demandé aux princes de rester à l'écart des affaires : « Ne rivalisez pas avec les marchands sur leur terrain ; sinon, ils deviendront vos rivaux sur le terrain politique. » Le moins que l'on puisse dire est que le message n'a pas été entendu.
Depuis la mort du roi Fayçal, qui fut le dernier obstacle à cette ruée vers les affaires, presque tous les princes, grands et petits, se sont lancés dans des activités commerciales.
Beaucoup de princes possèdent des fiefs qui leur ont été attribués ou qu'ils se sont taillés sur mesure. La famille Al Saoud aime l'argent au point d'être cupide.
Le roi Fahad possède, en Arabie, douze palais, dont l'extraordinaire Al Yamamah de Riyad. Il s'est fait construire, depuis la guerre du Golfe, un bunker NBC (protection contre les armes nucléaires, bactériologiques et chimiques) de plus de 14 000 m2, dont 7 000 m2 habitables, qui comporte, outre une partie réservée au prince héritier, tous les éléments constitutifs des palais saoudiens : majlis pour les audiences, enfilades de bureaux et de salons, appartements royaux et toutes sortes d'équipements, dont une salle de chirurgie équipée pour opérer à coeur ouvert, ainsi qu'une cage de Faraday de 600 m2. Le roi s'y est réfugié, en janvier 1992, pendant quelques jours, après que le président Bush eut expédié une dizaine de missiles Tomahawk sur les environs de Bagdad, pour contraindre Saddam Hussein à se montrer plus coopératif avec l'Onu. Sans doute le souverain, qui a gardé un mauvais souvenir des SCUD lancés contre son pays pendant la guerre du Golfe, voulait-il se mettre à l'abri d'une éventuelle riposte irakienne. Son séjour a été d'autant plus discret que personne d'autre n'était aussi bien protégé.
Un autre bunker de ce genre est en construction sous le palais royal de Djedda.
Khaled Ben Sultan, le fils aîné du sultan, fut, pendant la guerre du Golfe, commandant en chef des troupes arabes et islamiques. Ses talents de stratège furent à l'époque contestés, notamment par le général Norman Schwarzkopf, qui n'en dit pas que du bien dans ses Mémoires. Mais il était aussi - et peut-être surtout - chargé du gîte et du couvert de plus de 600 000 soldats. Dans ce domaine, il se révéla excellent organisateur, ainsi qu'homme d'affaires avisé. Il fit tellement danser l'anse du panier et gagna tellement d'argent qu'il fut limogé quelques mois après la libération du Koweït sous la pression des religieux.
L'homme a sans doute souffert de cette disgrâce qu'à vrai dire il ne méritait pas plus que d'autres. Mais il est vrai qu'il avait eu aussi tendance à se prendre pour le « Père la Victoire », ce qui, aux yeux du roi Fahd, était certainement encore moins pardonnable. En attendant son retour aux affaires - après la mort du roi ? -, il gère, entre Londres et Riyad, sa colossale fortune, à laquelle il a ajouté récemment le journal libanais Al Hayat. Dans l'exercice de ce dernier hobby, le prince s'est jusqu'à présent montré plus libéral et respectueux de l'éthique journalistique que prévu. Ce respect de l'opinion des autres est suffisamment rare ici pour ne pas le passer sous silence.
Le prince Bandar Ben Sultan, actuel ambassadeur aux Etats-Unis, est une des figures les plus médiatiques de la famille. Fils du ministre de la Défense et d'une esclave noire, il vécut une jeunesse difficile. L'islam ne reconnaît pas la notion d'enfant bâtard, mais n'exige pas pour autant que le père traite tous ses rejetons de la même façon. Le jeune Bandar fut ainsi délaissé par son père au point que le roi Fayçal s'en émut et fit des remontrances à son ministre de la Défense. Celui-ci adopta dès lors une attitude plus paternelle. Le jeune prince a puisé dans les difficultés de son enfance une motivation que ses autres frères n'ont pas. Il fit de brillantes études : élève du Royal Air Force College britannique, il a terminé sa formation d'officier de l'armée de l'air en suivant les cours de différentes écoles américaines. Membre de la mission militaire saoudienne aux Etats-Unis, il a été ensuite attaché militaire à Washington et enfin ambassadeur au même poste...
Le prince Bandar Ben Sultan entretient depuis longtemps d'excellents rapports avec tous les poids lourds de l'industrie américaine et en particulier avec les grandes sociétés d'armement. Une grande partie des contrats militaires signés par l'Arabie pendant et après la guerre du Golfe sont passés par lui. L'habileté du prince semble également avoir été utilisée par les Britanniques pour vendre leurs Tornado. Tout cela s'est fait en parfaite coordination avec l'entourage du souverain.
Il va sans dire que ce remarquable numéro de connivence profite à tous les intervenants. Faut-il dès lors s'étonner que l'homme soit actuellement cité par la presse américaine comme l'un des plus riches du monde ? Le prince, qui attend depuis longtemps le portefeuille des Affaires étrangères, aurait pu avoir un avenir ministériel. Son enrichissement, aussi rapide que suspect, qui a provoqué l'ire des milieux religieux, le lui a jusqu'à présent interdit.
Au sommet de la pyramide familiale se tient le prince Sultan. Ministre de la Défense, il gère depuis trente ans la partie la plus grasse du budget saoudien, qui a représenté, au cours des dernières années, 30 % du PIB. Il s'est réservé la gestion des contrats d'armement, ce qui, pour beaucoup d'observateurs, n'est évidemment pas innocent. De ce promontoire stratégique, il veille aux affaires, les siennes d'abord, bien entendu.
La cour royale est un autre centre de brassage des affaires. Elle est même devenue, ces dernières années, le passage obligé pour les plus gros contrats. Les frères Al Ibrahim, dont la soeur, Umm Azouz, est la troisième femme du roi et la mère du prince Abd el-Aziz, le fils chéri du roi, s'y sont acquis, sous le regard bienveillant du souverain, une réputation de requins de la finance. En association avec le petit prince et l'ambassadeur à Washington, le prince Bandar Ben Sultan, ils furent à l'origine du fabuleux contrat Al Yamamah, signé à la barbe des Français, en 1985.
En effet, la Grande-Bretagne réussit à vendre à l'époque 72 avions Tornado, 30 avions d'entraînement Hawk ainsi que trois chasseurs de mines pour la somme rondelette de 87 milliards de francs. Les Français, qui proposaient le Mirage 2000 et qui avaient pour eux l'avis favorable du comité technique de l'armée de l'air, mais pas les bons agents, perdirent là un marché capital. Les taux de commission crevèrent à cette occasion les plafonds, et atteignirent, dit-on, 40 %. Bien que le Tornado ait généré des frais de maintenance exorbitants - il faut le concours de 23 techniciens au sol pour une heure de vol de Tornado, contre 3 pour le Mirage 2000 -, le royaume a acheté, en 1993, 48 nouveaux appareils pour 26 milliards de francs. Les intermédiaires étaient les mêmes...
Depuis 1985, aucun contrat important, civil ou militaire, n'a été signé dans le royaume sans que, à des degrés divers, l'entourage royal ait été impliqué. Les derniers en date - conclus avec Boeing et Mc Donnell - Douglas pour la fourniture d'avions civils, et, plus récemment, avec AT&T pour la mise en place d'un million et demi de lignes téléphoniques - ont montré la toute-puissance du clan des Al Ibrahim, ainsi que l'émergence du prince Abd el Aziz. Ce jeune homme de 23 ans, après avoir fait fortune par l'entremise de ses oncles et en liaison avec le prince Bandar Ben Sultan, n'hésite plus à prendre des affaires en direct. Les sociétés américaines et britanniques ont depuis belle lurette découvert le filon, et l'exploitent sans vergogne. Accrochées à des réseaux qui ont depuis longtemps disjoncté, les firmes françaises hésitent à franchir le pas. Leurs résultats s'en ressentent. Quoi qu'il soit, en raison de l'intensification de la maladie du prince héritier saoudien, le sort du successeur d'Emir Abdallah, 80 ans, reste au flou, ce qui pourrait aboutir à un conflit politique dans le pays.

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