This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
vendredi, 09 janvier 2015 03:41

Qui a commandité l’attentat contre "Charlie Hebdo" ? par Thierry Meyssan

IRIB- Alors que de nombreux Français réagissent à l’attentat...
... commis contre "Charlie Hebdo", en dénonçant l’islamisme et en manifestant, dans les rues, Thierry Meyssan souligne que l’interprétation jihadiste est impossible. Alors qu’il aurait tout intérêt à dénoncer, lui aussi, une opération d’Al-Qaïda ou de Daesh, il envisage une autre hypothèse, beaucoup plus dangereuse.

Dans son reportage, France 24 a coupé la vidéo, pour que l’on ne voit pas les assaillants exécuter un policier au sol.

Le 7 janvier 2015, un commando a fait irruption, à Paris, dans les locaux de Charlie Hebdo et a assassiné 12 personnes. 4 autres victimes sont toujours dans un état grave.

Sur les vidéos, on entend les assaillants crier «Allah Akbar !», puis qu’ils ont «vengé Mahomet». Un témoin, la dessinatrice Coco, a affirmé qu’ils se réclamaient d’Al-Qaïda. Il n’en a fallu pas plus pour que de nombreux Français dénoncent un attentat islamiste.

Or, cette hypothèse est illogique.

La mission de ce commando n’a pas de lien avec l’idéologie jihadiste

En effet, des membres ou des sympathisants des Frères musulmans, d’Al-Qaïda ou de Daesh ne se seraient pas contentés de tuer des dessinateurs athées, ils auraient, d’abord, détruit les archives du journal, sous leurs yeux, sur le modèle de ce qu’ils ont fait, dans la totalité de leurs actions, au Maghreb et au Levant. Pour des Jihadistes, le premier devoir, c’est de détruire les objets, qui, selon eux, offensent Dieu, puis, de punir les «ennemis de Dieu».

De même, ils ne se seraient pas, immédiatement, repliés, fuyant la police, sans avoir achevé leur mission. Ils auraient, au contraire, terminé leur mission, dussent-ils mourir, sur place.

Par ailleurs, les vidéos et certains témoignages montrent que les assaillants sont des professionnels. Ils avaient l’habitude de manier leurs armes et n’ont tiré qu’à bon escient. Ils n’étaient pas vêtus à la mode des Jihadistes, mais comme des commandos militaires.

La manière dont ils ont exécuté au sol un policier blessé, qui ne représentait aucun danger, pour eux, atteste que leur mission n’était pas de «venger Mahomet» de l’humour gras de Charlie Hebdo.


La vidéo censurée par les TV françaises

Cette opération vise à créer le début d’une guerre civile

Le fait que les assaillants parlent bien le français, et qu’ils soient, probablement, Français, ne permet pas de conclure que cet attentat est un épisode franco-français. Au contraire, le fait qu’ils soient professionnels contraint à les distinguer de possibles commanditaires. Et rien ne prouve que ces derniers soient des Français.

C’est un réflexe normal, mais, intellectuellement, erroné, de considérer, lorsque l’on vient d’être attaqué que l’on connaît ses agresseurs. C’est le plus logique, lorsqu’il s’agit de criminalité normale, mais c’est faux, lorsqu’il s’agit de politique internationale.

Les commanditaires de cet attentat savaient qu’il provoquerait une fracture entre les Français musulmans et les Français non-musulmans. Charlie Hebdo s’était spécialisé dans des provocations anti-musulmanes et la plupart des Musulmans de France en ont été, directement ou indirectement, victimes. Si les Musulmans de France condamneront, sans aucun doute, cet attentat, il leur sera difficile d’éprouver autant de peine, pour les victimes, que les lecteurs du journal. Cette situation sera perçue par certains comme une complicité avec les meurtriers.

C’est pourquoi, plutôt que de considérer cet attentat, extrêmement, meurtrier, comme une vengeance islamiste contre le journal, qui publia les caricatures de Mahomet et multiplia les "unes" anti-musulmanes, il serait plus logique d’envisager qu’il soit le premier épisode d’un processus visant à créer une situation de guerre civile.

La stratégie du «choc des civilisations» a été conçue, à Tel-Aviv et à Washington

L’idéologie et la stratégie des Frères musulmans, d’Al-Qaïda et de Daesh ne préconise pas de créer de guerre civile, en «Occident», mais, au contraire, de la créer, en «Orient», et de séparer, hermétiquement, les deux mondes. Jamais Saïd Qotb, ni aucun de ses successeurs, n’ont appelé à provoquer d’affrontements entre les Musulmans et les non-Musulmans, chez ces derniers.

Au contraire, la stratégie du «choc des civilisations» a été formulée par Bernard Lewis, pour le Conseil de sécurité nationale états-unien, puis, vulgarisée par Samuel Huntington, non plus, comme une stratégie de conquête, mais comme une situation prévisible [1]. Elle visait à persuader les populations, membres de l’OTAN, d’un affrontement inévitable, qui prit, préventivement, la forme de la «guerre au terrorisme».

Ce n’est pas au Caire, à Riyad ou à Kaboul, que l’on prône le «choc des civilisations», mais, à Washington et à Tel-Aviv.

Les commanditaires de l’attentat contre Charlie Hebdo n’ont pas cherché à satisfaire des Jihadistes ou des Talibans, mais des néo-conservateurs ou des faucons libéraux.

N’oublions pas les précédents historiques

Nous devons nous souvenir qu’au cours des dernières années, nous avons vu les services spéciaux états-uniens ou de l’OTAN
- tester, en France, les effets dévastateurs de certaines drogues sur des populations civiles [2] ;
- soutenir l’OAS, pour tenter d’assassiner le Président Charles De Gaulle [3] ;
- procéder à des attentats, sous faux drapeau, contre des civils, dans plusieurs États membres de l’OTAN [4].

Nous devons nous souvenir que, depuis le démembrement de la Yougoslavie, l’état-major états-unien a expérimenté et mis en pratique, dans de très nombreux pays, sa stratégie des «combats de chiens». Elle consiste à tuer des membres de la communauté majoritaire, puis, des membres des minorités, en renvoyant les responsabilités dos-à-dos, jusqu’à ce que chacun soit convaincu d’être en danger de mort. C’est de cette manière que Washington a provoqué la guerre civile, aussi bien, en Yougoslavie, que, dernièrement, en Ukraine [5].

Les Français seraient bien avisés de se souvenir, également, que ce ne sont pas eux qui ont pris l’initiative de la lutte contre les Jihadistes revenant de Syrie et d’Irak. À ce jour, d’ailleurs, aucun d’entre eux n’a commis le moindre attentat, en France, le cas de Mehdi Nemmouche n’étant pas celui d’un terroriste solitaire, mais d’un agent, chargé d’exécuter, à Bruxelles, deux agents du Mossad [6] [7]. C’est Washington, qui a convoqué, le 6 février 2014, les ministres de l’Intérieur de l’Allemagne, des États-Unis, de la France (M. Valls s’est fait représenter), de l’Italie, de la Pologne et du Royaume-Uni, pour faire du retour des Jihadistes européens une question de Sécurité nationale [8]. Ce n’est qu’après cette réunion que la presse française a abordé ce sujet, puis que les autorités ont commencé à réagir.

John Kerry s’est exprimé, pour la première fois, en français, pour adresser un message aux Français. Il dénonce une attaque contre la liberté d’expression, (alors que son pays n’a cessé, depuis 1995, de bombarder et de détruire les télévisions qui lui faisaient ombrage, en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak et en Libye) et célèbre la lutte contre l’obscurantisme.

Nous ignorons qui a commandité cette opération professionnelle contre Charlie Hebdo, mais nous ne devrions pas nous emballer. Nous devrions considérer toutes les hypothèses et admettre, qu’à ce stade, son but, le plus probable, est de nous diviser ; et ses commanditaires les plus probables sont à Washington.

 

[1] « La "Guerre des civilisations" », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2004.

[2] « Quand la CIA menait des expériences sur des cobayes français », par Hank P. Albarelli Jr., Réseau Voltaire, 16 mars 2010.

[3] « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001.

[4] « Les Armées Secrètes de l’OTAN », par Daniele Ganser, éd. Demi-Lune. Disponible par chapitre sur le site du Réseau Voltaire.

[5] « Le représentant adjoint de l’ONU en Afghanistan est relevé de ses fonctions », „Kann Washington zu gleicher Zeit drei Regierungen stürzen ?“, von Thierry Meyssan, Übersetzung Horst Frohlich, Al-Watan (Syrien), Voltaire Netzwerk, 23. Februar 2014.

[6] « L’affaire Nemmouche et les services secrets atlantistes », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 9 juin 2014.

[7] On objectera les affaires Khaled Kelkal (1995) et Mohammed Mehra (2012). Deux cas de « loups solitaires » liés à des jihadistes ; mais ni à la Syrie, ni à l’Irak. Malheureusement, tous deux furent exécutés en opération par les Forces de l’ordre de sorte qu’il est impossible de vérifier les théories officielles.

[8] « La Syrie devient "question de sécurité intérieure" aux USA et dans l’UE », Réseau Voltaire, 8 février 2014.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir