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mardi, 26 novembre 2013 08:19

Accord de Genève : l'Iran, vainqueur !, par Abdel B. Atwan

IRIB- Comment évaluer l’accord de Genève, signé dimanche matin entre l’Iran et le groupe 5+1 ?

comment savoir s'il s'agit d'un "bon" ou d'un "mauvais" accord?  En réalité, il faut suivre de près les réactions internationales à ce propos, surtout celles de Riyad et de Tel-Aviv.

Les responsables saoudiens ne réagissent pas en général très rapidement aux évolutions politiques. Ils patientent et ne disent rien ! Mais ils ne saluent pas bien sûr la signature de l’accord de Genève, qui leur fut un grand choc. Pendant les quatre dernières années, l’Arabie saoudite se préparait pour entrer en guerre contre l’Iran. Elle a mis l’Iran en tête de la liste de ses ennemis et elle s’efforçait d’inciter les autres contre Téhéran.

Peu après la conclusion de l’accord Iran/5+1, le Premier ministre du régime sioniste, Benyamin Netanyahou, a montré les réactions les plus vives. Faisant croire que la signature de cet accord serait une erreur historique, Netanyahou l’a présentée comme une tragédie ! De son côté, le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, a estimé que l’accord de Genève représentait un danger sérieux pour Israël. Il a parlé de la capacité de Téhéran de fabriquer les bombes atomiques en avertissant que ces bombes pourraient tomber entre les mains des terroristes.

En mettant en parallèle les profits et les préjudices de cet accord, on peut annoncer, en toute sûreté, que l’Iran a dédaigné les négociateurs occidentaux. Jouant avec les nerfs des négociateurs occidentaux par une bonne gestion des négociations, l’Iran a fait presser l’Occident et les Etats-Unis à accéder à cet accord. C’est ainsi que l’Iran est devenu le grand gagnant de ces négociations. Il a fait reconnaître son droit à l’enrichissement d’uranium sur son sol  et il n’en a pas reculé même d’un iota. La crise nucléaire opposant l’Iran et l’Occident a éclaté il y a dix ans. A cette époque-là, l’Iran a fait de l’enrichissement au niveau de 5% et l’Occident ne cessait de le menacer d’attaque militaire. Bien que l’Iran ait enrichi de l’uranium à un niveau très modeste, l’Occident s’y opposait. Alors, ce n’était pas le niveau de l’enrichissement d’uranium qui faisait l’objet de la crise mais l’enrichissement dans sa nature. Maintenant l’enrichissement d’uranium par l’Iran est reconnu par les grandes puissances grâce à l’accord de Genève.

Or, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a qualifié de temporaire l’accord Iran/5+1 déclarant que le texte de l’accord ne faisait aucune allusion au droit de l’Iran à enrichir de l’uranium. Ça, c’est vrai. Mais l’accord ne prive pas non plus l’Iran de son droit d’enrichissement. En outre, tous les accords temporaires deviennent, un jour, permanents. L’Histoire nous a appris que lorsqu’un dialogue commence, il ne s’arrête jamais complètement, il se peut qu’il s’arrête pendant un certain temps, mais pas pour toujours.

Ici, on tient à prendre en compte de quelques points qui nous permettent à mieux examiner l’accord signé entre l’Iran et les grandes puissances :

Primo, l’hostilité que l’Occident éprouvait, pendant trente ans, envers l’Iran, touche presque à sa fin. L’Occident va bientôt reconnaître la puissance de l’Iran sur le plan régional et il sait bien qu’il doit partager son influence au Moyen-Orient avec l’Iran.

Secundo, Israël a subi un échec cuisant car il n’est pas arrivé à convaincre les grandes puissances à ne pas signer d’accord avec l’Iran. Ce qui signifie le recul de Tel-Aviv et la victoire de Téhéran.

Tertio, l’Iran a réussi à mettre sur pied une nouvelle école dans le domaine du dialogue. Une nouvelle école qui conseille l’insistance sur les lignes rouges et le recul sur les marges et les éléments secondaires.

Quarto, l’Iran a maintenu intactes toutes ses installations atomiques et toutes ses centrifugeuses pendant les négociations. Il existe deux voies pour acquérir le plutonium requis à la fabrication des armes atomiques. La première voie est l’exploitation de l’eau lourde qui se trouve dans les installations d’Arak et la deuxième voie est l’enrichissement de l’uranium par les centrifugeuses de Natanz et de Qom. L’Inde a produit son arme atomique via la première voie et le Pakistan l’a fabriquée via la deuxième. Le plus important, l’Iran profite toujours de ses scientifiques et ses savants atomiques qui l’aident à poursuivre le processus en cas du gel de l’accord.

Quinto, la signature de cet accord, qui a abouti à l’allègement des sanctions anti-iraniennes, améliorera graduellement l’économie iranienne et fera revivre les espoirs dans les cœurs des Iraniens. Maintenant, le prix de dollar est en baisse sur le marché intérieur de l’Iran et les Iraniens jouissent d’un certain calme. Du train où vont les choses, le PIB atteindra à 900 milliards de dollars dans les années à venir, un nombre qui équivaut le PIB de la Turquie.

Voici les grands perdants de cet accord, les Etats arabes du littoral du golfe Persique ! Ils ont été mis du côté par les Etats-Unis et l’Occident tandis que ceux-ci tentaient toujours de faire croire que l’Iran représenterait un grand danger pour les pays de la région pour ainsi vendre leurs armes aux pays arabes. Lançant une vaste campagne d’intoxication contre l’Iran et tous les Chiites de la région, l’Occident a pillé 130 milliards de dollars de la richesse des pays arabes dans les contrats d’armements.

Les Etats arabes, qu’est-ce qu’ils peuvent faire pour tenir tête à cette vague d’évolutions pro-iraniennes ?

Rien ! Il n’existe aucune stratégie pour pouvoir y tenir tête ! D’autant plus qu’il n’existe aucune raison pour s’inquiéter ! L’Irak, la Syrie et l’Egypte sont les trois pays qui définissent la balance stratégique de la région. Mais ils ont été tous détruits par les Arabes. Les dirigeants des pays arabes du littoral du golfe Persique, assurant les intérêts des Etats-Unis en Irak, ont basculé le pays dans une guerre civile. Il ne faut pas oublier que l’actuel gouvernement irakien est un allié de l’Iran. La Syrie est, quant à elle, le théâtre d’une guerre par procuration. L’Egypte est divisée entre un gouvernement militaire, soutenu par l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, et les Frères musulmans, qui se réclament de la légitimité.

Les Arabes s’enlisent dans les guerres intérieures qui affaiblissent les piliers de leur pouvoir stratégique et ils ont basculé le Moyen-Orient dans les guerres inter-ethniques. Alors, comment ils attendent trouver une stratégique adéquate pour faire face à l’Iran, et ce dans le contexte où leur allié américain les a jeté dans la poubelle ?

Mais pourquoi ce revirement de position envers les Arabes ? La réponse est simple ! Les Américains ont commencé à ressentir les Arabes et les Israéliens leur mentir. Alors, ils ont tout de suite changé de position et se sont abstenus de déclencher une guerre par procuration des pays arabes contre l’Iran. Les Américains se sont finalement décidés à normaliser leurs relations politiques avec les Iraniens après trente ans d’hostilité. En outre, toutes les guerres dans lesquelles sont impliqués les Arabes et les Israéliens leur ont causé des malheurs infinis et ont engendré une avalanche de problèmes pour leur économie et sécurité. A ce propos, faites attention aux évolutions qui se produisent en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Arabie saoudite. Le temps est venu pour que les dirigeants arabes révisent leurs politiques au lieu d’acheter les armes occidentaux qui ne leur serviront jamais.

La maladie contagieuse de l’ère de George Bush fut transférée aux Arabes. Ils sont devenus experts dans la destruction des pays et l’affaiblissement des gouvernements tout en étant incapables de les rebâtir. Ils sont aussi devenus experts dans la création de nouveaux ennemis sans avoir les moyens nécessaires pour les contrer. La révision, par les Arabes, de cette stratégie erronée nécessite, en premier lieu, la reconnaissance de l’Iran en tant qu’un pays de poids dans la région. C’est sur fond de cette reconnaissance que les Arabes pourront s’assoir à la table des négociations avec l’Iran, tout comme ce qu’a fait l’Occident.

 

    

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