vendredi, 13 juillet 2012 01:31

Défection de l'ambassadeur syrien, à Bagdad : Qatari Connection ?, par Louis Denghien

Défection de l'ambassadeur syrien, à Bagdad : Qatari Connection ?,  par Louis Denghien
IRIB- La défection de l'ambassadeur syrien, à Bagdad, Naouaf Fares,  annoncée, mercredi, a une incontestable portée symbolique, comme celle de Manaf Tlass, voici une semaine : la Syrie perd son représentant officiel, dans un pays ami – et ami, aussi, de l'Iran – par ailleurs, président en exercice de la Ligue arabe.

 

D'autant que Naouaf Fares ne fait pas «dans la dentelle» : dans une déclaration diffusée, comme il se doit, jeudi matin 12 juillet par la chaîne de désinformation pan-arabe qatarie al-Jazeera il appelle carrément l'armée "à tourner ses canons et ses chars vers les criminels du régime qui tuent le peuple" . Et «tous les gens dignes et libres de la Syrie, surtout les militaires à rejoindre immédiatement les rangs de la révolution» !

La violence de ces propos, émis tout de même 16 mois après le début des troubles, nous conduit à nous interroger sur la «dignité» et la «liberté» de ce diplomate, jusqu'à hier membre du Parti Baas. Fares, c'est le moins qu'on puisse dire, a pris le «temps de la réflexion».

Qatari connection ?

Alors, évidemment, on est légitimement fondé à se demander si le Qatar, industrieux petit État, exportateur de pétrole et de déstabilisation, n'est pas derrière cette tardive «prise de conscience citoyenne» de l'ex-ambassadeur de Syrie en Irak. L'émirat ne ménage pas sa peine ni surtout ses pétro-dollars, pour aider les gangs armés sévissant d'Idleb à Deraa. Et il investit forcément aussi dans le «débauchage» des cadres supérieurs du régime, tentant d'entamer par le haut ce qu'il n'obtient pas parle bas, d'"effriter" le roc syrien globalement inentamable. Oui, ce n'est pas sombrer dans le conspirationnisme que de penser que l'argent du Golfe explique un certain nombre de défections militaires et politiques : tout le monde n'est pas héroïque, incorruptible, pas plus en Syrie qu'en France. Naouaf Fares peut avoir reçu aussi des menaces de groupes terroristes radicaux sunnites plus actifs que jamais en Irak, presque dix ans après la chute de Saddam Hussein.

Le choix d'al-Jazeera – qu'on ne présente plus – pour cette déclaration de dissidence, la mise en scène de celle-ci, sur fond de drapeau CNS/ASL et de photos de manifestants, tout ça sent quand même très fort le coup préparé par des pros de la communication et de la subversion.

Disons tout de même que de ce point de vue,  globalement et sur le «long terme», l'appareil d'État syrien s'en sort avec les honneurs : qu'un pays soumis depuis 16 mois à une pression diplomatique économique et psychologique maximum, sans précédent par son ampleur depuis les crises irakiennes, ait perdu si peu de ses cadres – une douzaine de généraux, quelques milliers d'officiers, de sous-officiers et soldats, et, à part Fares, combien de diplomates ? Oui, qu'un pays aussi menacé ait perdu aussi peu de ses cadres, c'est l'indication que ce pays, le gouvernement qui le dirigent ont un assez haut degré de cohésion et de sens civique et patriotique

En France, la corruption existe dans nos élites politiques, qui pourtant ne vivent pourtant  pas dans un pays menacé régulièrement de bombardements de l'OTAN, ravagé par des milliers de fanatiques armés, soumis à des embargos et sanctions économiques, quotidiennement montré du doigt par l'ensemble des médias d'Occident. Alors, que, de temps en temps, un officiel syrien, qui a une plus grande liberté de mouvement que la plupart de ses compatriotes, et à qui on offre les moyens de refaire sa vie ailleurs, craque, c'est désolant mais ce n'est pas plus étonnant que ça !

Au fait, dans une variété de « corruption passive » des milieux politiques hexagonaux, on retrouve souvent l'ombre du Qatar, qui par exemple offre des séjours de rêve dans le Golfe à nombre de nos «décideurs», irrigue de son or moult fondations et associations. La grande presse française s'est penchée à plusieurs reprises sur le sujet. Le Qatar n'est pas une nation c'est un super groupe d'investissement familial, ce n'est pas une pas une entité politique arabe, c'est un cancer.

Certes, nous n'avons pas la preuve de ce que nous supposons. Mais ce que nous supposons est d'une extrême plausibilité : encore une fois, si Fares était à ce point révolté par la répression – au point d'appeler au renversement violent du régime – pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour se manifester ?

Corrompu ou simplement faible et opportuniste, Naouaf Fares va, évidemment, être remplacé à son poste. Par un homme sûr, en principe, et qui sache que le pays affronte une guerre tous terrains qu'on lui a imposée. Quant à Fares, il terminera vraisemblablement sa carrière et son existence dans un exil plus ou moins doré, et peut-être s'exhibera dans des «shows» du CNS, sous quelque lambris dorés de grands hôtels occidentaux. Et puis il retournera à ce néant politique qui a absorbé déjà tant d'exilés sans légitimité politique, ni morale.

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