mercredi, 04 juillet 2012 01:04

Des négociations, derrière les sanctions ? Une hypocrisie US, par Pierre Dortiguier

Des négociations, derrière les sanctions ?  Une hypocrisie US, par Pierre Dortiguier
IRIB- L'organisme du renseignement, que nous aimons à citer, Stratfor,

logé au Texas, publie ce trois juillet, sous la plume de son analyste politique, Reva Bhalla entrée dans cette  compagnie, en 2004, une réflexion toute idéologique : cette diplômée de sciences politiques suggère au lecteur américain et  d'Outre-Atlantique, dont aux Iraniens victimes des sanctions estivales de l'UE, qu'une vaste négociation se cache derrière des contraintes sévères, mais, selon elle, plus apparentes que réelles !

Nous aurions ainsi affaire à une sorte de relation continuelle entre l'Iran et ceux qui lui mènent la vie dure, pour parvenir à des accords dont l'auteur est cependant bien en peine de préciser le fond ou le contenu.

L'on retient néanmoins l'aveu que si les phénomènes inflationnistes et de hausse des prix peuvent mécontenter une population, et favoriser, précise-t-elle cyniquement, un second mouvement vert ou révolution de couleur, dans la jeunesse iranienne, l'Iran aurait les moyens de «détourner les sanctions par un réseau de compagnies qui donne la possibilité aux marchands iraniens de naviguer sous de faux drapeaux. Pour entrer dans les ports, les navires marchants iraniens  sont tenus de naviguer, sous un pavillon  fourni par des listes de navigation nationale». Et de citer Malte, Chypre, les Bahamas, Hong Kong, les Seychelles,  Singapour, l'île de Man qui tirent ordinairement bénéfice de la vente de pavillons et de registres de compagnies à des affairistes cherchant à échapper aux taxes et aux règlements de leurs pays ! «Les hommes d'affaire iraniens comptent énormément sur ces ports», écrit notre experte, faisant ainsi accroire à ses lecteurs que tout ne va pas si mal, dans un monde, sous le leadership autoritaire, mais débonnaire, sinon permissif de l'oncle Sam et, en particulier, d'un Obama, qui doit remettre son mandat au sort électoral, dans quatre mois !

A l'en croire, la bureaucratie américaine serait dépassée par l'éclosion rapide de compagnies pétrolières capables de jouer au chat et à la souris ! «Il est vrai que ces quelques derniers mois ont accumulé les annonces de compagnies interrompant leurs importations de pétrole, sous la pression des  Etats-Unis. Néanmoins, après relevé de la quantité de brut assuré et vendu à travers les compagnies pétrolières, le changement dans ces échanges commerciaux n'est apparemment  par aussi fort que  les rapports le présentent ( the shift in trade patterns is likely not as stark as the reports present).

Il peut sembler naïf de souligner que de tels propos sont faits pour être portés à la connaissance du plus grand nombre, sous une face de confidentialité propre à «Global Intelligence», comme se veut la société Stratfor d'Austin. Et l'optimisme va bon train, puisque, tout en citant les exemptions aux sanctions bancaires, dans un temps limité, accordées, comme on sait,  par les USA à la Chine, Singapour, l'Inde la Turquie, le Japon, la Malaisie, l'Afrique du Sud, Ceylan, Formose et les 27 de l'UE, pour leur commerce pétrolier, et en soulignant que ces derniers mois, leur niveau d'importation de brut a été plus élevé que la moyenne, l'analyste écrit : «Même si ces pays prétendent avoir réduit leurs importations de pétrole d'Iran, pour négocier une exemption, «des pétroliers avec des  pavillons de complaisance transportant du brut iranien ont compensé  le commerce officiellement réduit avec l'Iran».

Serions-nous, donc, en présence d'une illusion d'optique, et ce blocus aurait-il, donc, la nature d'un mirage ?

«L'administration US  a conscience des insuffisances  de la campagne de sanctions. En réalité, tandis que le Congrès s'affaire à étendre les sanctions, le bruit court que l'administration US préparerait une liste d'options, par lesquelles, l'on pourrait, sélectivement, abroger les sanctions, pour le cas où l'on s'assiérait  à la table des négociations avec l'Iran».

C'est la politique de la carotte et du bâton (from the stick to the carrot) , formule frappée, je crois, en Angleterre,  qui a la valeur d'un axiome, semble-t-il,  pour les frelons de sa colonie qui attaquent les ruches iraniennes, mais dont la danse serait aussi, aux yeux de nos apiculteurs de Stratfor, une invitation à la négociation!  Monde étrange où l'Amour prend d'abord le visage de la Haine !

Que l'on nous permette d'interrompre cette prospective analytique, et de passer du journalisme au moralisme, en citant ce morceau de l'éloquence du Grand Siècle français : c'est la passion de l'intérêt qui semble accorder, pour l'Américanisme qui nous guide, en Occident, un visage à l'Iran, sans qu'il soit question de juger de la réalité en elle-même, mais d'habiller son existence à la mesure des intérêts de ceux qui nous guident : «Cette passion d'intérêt», écrit le prédicateur jésuite, natif de Bourges,  Bourdaloue (1632- 1704) , dans un Sermon de Carême sur le Jugement téméraire, «nous le présente tel que nous le voulons», et cela est vrai de l'Iran, pour l'Occident embrigadé dans l'OTAN,.. « nous le contrefait, nous le déguise, nous cache les perfections qu'il a et nous fait voir les défauts qu'il n'a pas...Comment surtout  jugeons-nous un ennemi ? Il s'est attiré notre disgrâce ; c'est assez : avec cela, en vain, il ferait des  prodiges, ses prodiges mêmes  ne serviraient qu'à nous le rendre et à nous le faire paraître plus odieux ; en vain, il possèderait  toutes les vertus, ses vertus les plus éclatantes prennent dans notre imagination la couleur des vices».

L'analyste de Stratfor met alors en scène une sorte de négociation en filigrane, qui serait l'arrière-plan de ce dont les sanctions, pour le dire presque lourdement, seraient l'avant-scène. Elle part d'un éditorial du bimensuel «The national Interest», dans lequel sont mentionnées des opinions de MM. Mohammed Ali Shabani, analyste politique et de l'ancien membre de l'équipe de négociateurs sur la question des droits nucléaires de l'Iran, Seyyed Hossein Mousavian, dans l'article de ce magazine, en date du 26 juin,  intitulé « Comment arrêter le jeu perdant perdant, How to stop the lose- lose game ?»)

L'article auquel renvoie l'analyste texane n'a pas le ton optimiste qu'elle lui prête, comme pour diminuer la barbarie de la stratégie de pression US sur l'Iran. Les deux experts iraniens reconnaissent, dans l'article anglais cité, que l'Iran peut résister à ce blocus, que sa production s'est accrue, sous ce gouvernement,  mais que la population iranienne en souffre, tout en sachant le but politique insurrectionnel visé par les USA;  piège dans lequel celle-ci ne tombera pas : l'Iran demeure, un pays qui a ce degré, disons instinctif,  de réalité indivisible, que l'on nomme substantiel, existentiel !

"En supposant même  un perte de 60%  -ce qui ne peut être pris pour une vérité absolue, à cause de la nature opaque  des exportations de brut iranien- la République islamique tirera encore du pétrole 40 billions de dollars, cette année. C'est, en gros, deux fois plus que sous la présidence de  Mohammad Kathami, il y a dix ans. ..  Ce n'est pas par hasard que le Guide suprême, l'Ayatollah Ali Khamenei, a sacré cette année iranienne "l'année de la production nationale soutenant le travail et l'investissement iranien"...

Ce la ne veut pas dire que l'Iranien moyen  ne va pas souffrir des sanctions. ..Mais les Iraniens voient les sanctions destinées à encourager une révolte populaire contre leur gouvernement  plutôt que comme un effort pour pousser la République islamique à la table des négociations.

S'agit-il donc de faire croire aux autres peuples que l'on négocie toujours en secret, et que ces souffrances infligées aux Iraniens ne sont qu'une apparence ? En somme, la stratégie médiatique est de faire croire que le blocus est une illusion, tout en taisant que la capacité iranienne et la solidarité des nations de l'Organisation de Shanghaï et d'autres partenaires européens seront la sanction historique que les Etats-Unis subiront inéluctablement ! «Hypocrisie», dira-t-on d'eux avec  notre orateur sacré français, dans un sermon sur le Jugement de Dieu !, qui, sous l'austérité des paroles, cache les actions les plus basses et les plus honteuses» !

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